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28/07/2014


Le sexisme dans les manuels scolaires

Face au constat de sexisme dans les manuels scolaires, la direction de l’Egalité des chances du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles propose une brochure, Sexes et manuels[1], qui devrait aider les acteurs de l’éducation à détecter les mécanismes de discrimination de genres dans les supports pédagogiques.

Si le Décret « Missions » stipule que l’école doit « assurer à tous les élèves des chances égales d'émancipation sociale », la direction de l’Egalité des chances pointe du doigt les manuels scolaires qui véhiculeraient des représentations sexistes, facteurs d’inégalité homme/femme. Ainsi, bien qu’ils soient soumis au décret de 2006, relatif à l’agrément des manuels scolaires, qui impose un «respect des principes d’égalité et de non-discrimination », ces manuels présentent encore des différences de traitement selon le sexe, liées au fait que les acteurs de l’éducation peinent encore à repérer les mécanismes de discrimination.

Pour contrer cela, la direction de l’Egalité des chances propose un guide, fruit de trois ans de travail d’inspecteurs et d’inspectrices de l’enseignement fondamental et secondaire ayant analysé plus de 800 manuels scolaires. L’objectif de ce guide est de permettre aux inspecteurs-trices, enseignant-e-s, aux formateur-trice-s de futur-e-s enseignant-e-s et aux acteur-trice-s de la chaîne du manuel scolaire de détecter le sexisme dans les manuels, afin de promouvoir une égalité entre les sexes.

Le manuel scolaire, outil privilégié des enseignants

Selon Nicole Mosconi et Sylvie Cromer[2], chercheuses dont les travaux ont contribué à l’élaboration de la brochure, le manuel scolaire reste aujourd’hui un support éducatif très utilisé par les enseignants. Il aurait une fonction à la fois pédagogique, puisqu’il transmet et structure des connaissances, mais il aurait aussi une fonction plus implicite, appelée « curriculum caché », puisqu’il transmet des valeurs ainsi qu’une vision du monde, contribuant alors « à l’élaboration des identités individuelles et collectives ». Selon les chercheuses, les manuels sont davantage pensés en termes pédagogiques qu’en tant que vecteurs de culture, ce à quoi il est important de remédier.

Détecter les stéréotypes sexués

Dans une volonté de mettre à jour, de façon quantitative et objective, les mécanismes sexistes dans les manuels, les chercheuses se sont penchées sur 15 manuels de mathématiques de différentes collections, censés transmettre un savoir scientifique et non orienté. Elles ont observé les personnages illustrant les situations, au nombre de 3610, s’intéressant ainsi à leur sexe, à leurs âges, aux actions et métiers attribués à chaque sexe, afin d’analyser et de recenser les représentations.

Quatre catégories sont mises à jour, parmi les enfants, les filles et les garçons, et parmi les adultes, les femmes et les hommes. Les chercheuses repèrent alors trois types de discriminations sexistes.

La minoration numérique des personnages féminins : seulement 39% de femmes/filles sont représentées pour 61% de personnages de sexe masculin. Si on observe une parité au niveau des personnages d’enfants, chez les personnages adultes, on note une réelle sous-représentation des femmes puisqu’elles sont 196 pour 564 hommes, soit 74% d’hommes et 26% de femmes.

Une opposition entre les sexes : ainsi, si les filles et les garçons sont pratiquement représentés en même nombre chez les enfants, on note déjà des « systèmes de genre qui s’esquissent », les attributs scolaires sont l’apanage des garçons (compas, règles, etc.), quand les filles sont présentées d’une façon plus passive, regardant ou commentant l’action des garçons. De même, les couleurs restent fortement différenciées, bleu pour les garçons et rose pour les filles.

Une valorisation du masculin : chez les adultes, où le secteur professionnel est largement représenté, 60% des hommes sont des actifs quand seulement 42 % des femmes le sont. Les hommes sont présents dans tous les domaines, quand les femmes ne sont jamais représentées dans les disciplines artistiques, intellectuelles, politiques, dans les métiers d’ordre et de sécurité, de travaux publics et dans les situations d’aventure. Concernant les activités extra professionnelles, les loisirs sont davantage investis par les hommes et les femmes sont représentées dans des activités traditionnellement féminines (tâches ménagères, cuisine, soins aux enfants, etc.).

Les effets sur les enfants et pour la société

S’il est difficile d’évaluer directement les effets de ces stéréotypes sur les enfants, ils font partie, au même titre que les médias, la famille, les jouets, les jeux vidéo, la littérature enfantine, etc., d’un système qui produit de l’inégalité entre les sexes en insistant sur les différences entre filles et garçons. Les choses ont évolué mais il n’en reste pas moins que dès la naissance, les enfants sont éduqués en fonction de leur sexe biologique, dans une opposition entre le masculin et le féminin, au niveau des comportements requis et des activités permises, qui engendre une hiérarchisation et une domination des hommes sur les femmes, ce que l’on appelle système de genres.

Ainsi, cette socialisation genrée, dont les manuels scolaires font partie, produit des effets négatifs sur les filles : subordination, discrimination et dévalorisation. Plus concrètement, la brochure évoque en conséquence : « le faible engagement des filles pour des métiers scientifiques ou à responsabilité, un choix professionnel stéréotypé, une association permanente entre le féminin, la maternité, l’éducation et les soins aux enfants, les activités ménagères »[3]. Si les filles sont directement touchées par ce processus, les garçons le sont aussi puisque se met en place « une association entre la masculinité et les comportements perturbateurs, voire violents, notamment nuisibles à l’entourage, des incompétences émotionnelles (difficulté à s’exprimer et reconnaitre ses sentiments), un lien entre ces comportements et le taux de suicide chez les adolescents masculins a été défendu par plusieurs études récentes, et une absence de perception de la nécessité de concilier vie personnelle et professionnelle ».

Les propositions

Les chercheuses préconisent trois niveaux d’action. D’une part, la nécessité d’être vigilant dans la production et l’agrément des manuels scolaires, d’autre part, bien choisir en tant qu’enseignant les manuels scolaires qui vont accompagner les cours, enfin, les utiliser afin d’éveiller l’esprit critique des enfants face aux discriminations. Ainsi, l’objectif de la brochure de la direction de l’Egalité des chances s’attache à lutter contre les automatismes psychologiques et à développer l’esprit critique de tous les acteurs de l’éducation sur ces questions.

Très illustrée, la brochure permet, à travers un grand nombre d’exemples, de décortiquer les stéréotypes en mettant en lumière les illustrations sexistes mais aussi les bonnes pratiques. L’outil de la direction de l’Egalité des chances se veut facile à utiliser, en lien avec la grille de lecture pour l’agrément.

 

Les manuels comme facteur de changement

Pour Nicole Mosconi et Sylvie Cromer, les normes de genres n’étant pas figées, puisqu’elles varient d’une époque à l’autre, il est alors possible d’utiliser les manuels comme facteur de changement afin qu’ils mettent en avant les évolutions réelles (par exemple, de plus en plus de femmes travaillent, et de plus en plus d’hommes s’occupent des enfants) et souhaitées (nécessité d’un partage égalitaire des tâches ménagères, quand les femmes accomplissent encore aujourd’hui 80% de ces tâches). L’objectif est de permettre aux filles et aux garçons de faire des choix hors d’un conditionnement sexué qui enferme.

Selon nous, en plus de cette action autour des manuels scolaires, on devrait encourager les enseignants à questionner leur pratique sur ce thème, puisque l’on sait, aujourd’hui, que ces derniers n’attendent pas la même chose des filles et des garçons[4].  Sans doute faudrait-il alors davantage aborder le sexisme au niveau de la formation initiale, surtout que les résistances des élèves des Haute écoles présents lors du colloque de présentation de la brochure en disent long encore sur le chemin à parcourir.

 

 



[1] La brochure est disponible gratuitement sur demande à l’adresse : egalite@cfwb.be

[2] Nicole Mosconi est professeur en Sciences de l’Education à Paris Ouest-Nanterre, et Sylvie Cromer est Maitresse de conférence en sociologie à l’Université Lille 2.

[3] Brochure Sexes et manuels, p. 8.

[4] Les enseignants pensent les garçons dynamiques, frondeurs, joueurs, autonomes, et les filles, passives, dociles, sérieuses, soucieuses des autres.

 


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